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jeudi 4 août 2011

Les sorcières de Skelleftestad. L'étrange mariage de Nils Swedenborg de Jean-François Chabas aux éditions l'école des loisirs

C'est hilarant, et je me suis même demandée si ce n'était pas le seul but du livre. Avec sa sorcière, Jean-François Chabas fait de la magie, de celle qui dépoussière. A-t-on déjà vu une sorcière sexy qui ensorcelle les hommes? Les femmes veulent la brûler et la gente masculine peut toujours espérer héhé... C'est Nils Swedenborg qu'elle épousera, un gentil notoire qui fait dire à Ingrid la sorcière : "Concours international, celui-là, je pourrais me transformer en courgette devant lui, j'expliquerais qu'on a des cousins légumes, il y croirait." Bien utile ce mari un peu crétin car il ne verra rien des drôles de façon de sa belle. Furieuse, elle fait des ravages, enceinte elle pond des oeufs et quand un besoin viscéral de faire des tours de magie la prend, elle peut s'y laisser aller sans être démasquée. Seules les trois filles nées de cette étrange union connaissent le secret de leur mère, mais pourquoi elles seulement? Quel est le noir dessein de cette sorcière hors-norme, que cache ce délire à l'humour ravageur de cet écrivain qui surprend par la diversité de ses thèmes?

mardi 2 août 2011

Lettres anonymes de Josette Chicheportiche chez Oskar Editions

Honorin, quinze ans, vit seul avec son père depuis sa naissance. Sa mère est morte. Quand il se met à recevoir des lettres anonymes qui lui révèlent un monde plein d'exotisme, de sensibilité, de saveurs et d'odeurs, c'est pour lui une renaissance dans l'univers routinier qu'a bâti son père autour de leur vie à deux. Très vite, on se doute de la provenance des lettres et contrairement à ce que laisse supposer la couverture, ce n'est pas un polar. C'est l'histoire d'une fuite, celle de deux d'adultes face aux difficultés : une mère que la maternité ne sauve pas de la drogue et un père qui n'a pas voulu en prendre la mesure quand il était encore temps. Le livre est prétexte à une incursion en Afrique, à une descente dans l'enfer de la drogue. Sans coup d'éclat, avec un style efficace, la construction de l'histoire à trois voix touche et réussit nous aiguilloner jusqu'à une fin prévisible mais pas sans charme. Il n'y a pas d'explosions d'affects, Josette Chicheportiche ne joue pas sur la corde sensible, elle donne juste à chacun la possibilité de parler pour continuer à avancer. Peut-être un peu plus d'émotion  tout de même, pour  faire sortir nos mouchoirs aurait pu donner une intensité supérieure à ce roman.

mardi 19 juillet 2011

Supermoyen de Susie Morgenstein aux éditions de l'ecole des loisirs

Notre héros Alexandre se trouve moyen, surtout pas intéressé. Il est amoureux d'une super forte et son meilleur copain est super mauvais, ce qui fait une bonne moyenne. Mais heureusement pour lui, il a un parrain qui ne transforme pas les carrosses en citrouille mais qui lui fait livrer un drôle d'objet encombrant. Le monde prend une tout autre forme parce qu'Alexandre s'amourache de la chose étrange. Il part à la conquête de l'univers grâce à elle. C'est en homme heureux qu'il aborde son monde, avec au bout des doigts cet instrument qui le happe, le transcende et fait étinceler tout ce qui l'entoure. La maitresse, tout droit sortie d'un conte de fée propose en plus des sujets de rédaction à faire rêver, ce qui lui donne l'occasion de dire sa passion. De super moyen il devient super bon au risque d'énerver ses petits camarades mais ce n'est pas marqué dans l'histoire. Je me pose tout de même une question fondamentale : qu'attend l'éducation nationale pour investir dans ce genre d'objet à l'effet si miraculeux sur les supermoyens ? Cette envie soudaine, cette force qui se dégage brutalement, ce gosse qui de bailleur devient batailleur, vraiment je ne comprends pas comment on est passé à côté d'un truc pareil. J'ai trouvé ça pas mal, il est mignon le petit Alexandre mais franchement avec ce livre Susie Morgenstein fait plaisir aux adultes qui aimeraient tous trouver quelque chose qui séduise les endormis du fond de la classe. Je ne suis pas sûre que ce soit un livre pour enfants mais pour plutôt pour un parrain bien intentionné et ... riche. Les enfants, offrez ce livre à vos parrain et marraine, c'est à tenter!

dimanche 5 juin 2011

Mercredi c'est sport de Thomas Gornet collection Zig zag aux éditions du Rouergue




"Le docteur Elbar a dit que j'avais une légère surcharge pondérale." Les bases sont jetées pour que la mère de Zouz cherche par tous les moyens à ce qu'il fasse de l'exercice le mercredi après-midi pendant qu'elle travaille. Il essaiera successivement le foot, le hand et "l'aérobic spécial pour enfants". On imagine très bien que tout cela donne à la plume de Thomas Gornet de bons prétextes pour des tableaux plein d'humour de ces différentes disciplines et de leurs entraineurs. Quand on aime pas le sport, c'est fou ce qu'on exagère! Mais c'est drôle, de l'équipement de foot à l’extrême rigidité de l'entraîneuse de hand. On est aussi rempli d'émotions pour le malheureux Zouz. Il finira par trouver son bonheur derrière le supermarché où se trouve une sorte de batiment sans fenêtre...
Un livre pour tout ceux que leurs parents ont inscrits dans un club de sport parce que c'est bon pour eux!

dimanche 10 octobre 2010

Je suis le chapeau d'Alex Cousseau

Chapeau Mr Cousseau! On a lu votre livre Agathe (12 ans) et moi ( la mère) avec le même intérêt. L'histoire commence froidement au Groenland en 1912 par un accouchement dramatique. Il y a là Aterangui, fillette de 9 ans, témoin muet mais dont la belle énergie désespérée sauvera Oukiok, le petit frère nouveau-né. Elle est habitée la nuit de rêves qui parlent de choses étranges qu'Oukiok tentera de décrypter dès qu'il sera en âge de le faire. Leur monde clos est timidement percé par des explorateurs blancs et définitivement ébranlé lorsque leur père meurt en chassant un ours coiffé d'un chapeau. Ce serait celui de Knud Rasmussen... C'est là que la fiction croise la réalité puisque celui-ci est un anthropologue danois qui a consacré sa vie à étudier les esquimaux. Les deux gamins vont entreprendre une course folle à travers leur pays jusqu'en Ecosse pour rendre à son propriétaire le fameux chapeau. Il symbolise parfaitement comment notre monde ne peut s'adapter à une tête d'ours sans le faire tourner sur lui-même jusqu'à la folie. Au-delà de cet aspect philosophique du livre qui témoigne pour les inuits de leur vie profonde en harmonie avec des éléments durs, l'aventure rebondit sans cesse au gré des rencontres. On croise le tournage d'un documentaire qui a fait date dans l'histoire du cinéma : "Nanouk of the North" de Robert Flaherty. C'est poignant de sentir combien l'intrusion du mode de vie blanc sur la banquise est destructeur du sens même de la vie des inuits, révoltant parce que le combat est inégal et l'on sait les dégâts qui en résultent aujourd'hui. A la fin du livre, le temps s'accèlère avec une actualité mondiale qui marche vers la guerre. Les évènements asphyxient l'aventure et la quête. Le Groenland devient un enjeu stratégique contre lequel toute la magie des inuits est dérisoire. J'aime quand les livres jeunesse font vibrer la corde lointaine de l'enfance quand on est une grande personne qui lit des ouvrages "sérieux". C'était bien, tout simplement.

dimanche 29 août 2010

Le temps des Marguerite de Vincent Cuvellier illustré par Robin. Giboulées Gallimard Jeunesse

Deux gamines qui s'ennuient et vont fouiller la malle du grenier! Par un jeu de manche, la vieille robe de la tante Léonora a le pouvoir magique de faire changer d'époque. Un excellent montage visuel du livre fait passer la Marguerite du haut qui vit en 1900 en bas et celle du bas qui vit en 2010 en haut. Leur vie vont se dérouler en parallèle avec pour chaque situation un équivalent temporel savoureux ou grave. De l'évolution du langage à l'audiovisuel aux images violentes, chaque époque à ses coins d'ombre et ses beautés que Vincent Cuvelier explore largement. C'est joyeux et frais. Les situations cocasses s'enchaînent pour nos Marguerite bien malmenées parfois. Nos moeurs libérés contemporaines choquent la rigidité codée d'il y a cent ans mais les Marguerite sont curieuses et sensibles. Finalement l'amour et l'amitié sont universels comme la capacité à garder un regard critique sur le monde. Deux époques qui se croisent en donnant le vertige à ces gamines de douze ans, effrayées et ravies mais qui regagneront le giron familial avec soulagement. L'humour est omniprésent. J'ai adoré.