vendredi 8 février 2019

Green de Paul Verlaine dans Romances sans paroles

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous,
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beanx l'humble présent soit doux

mercredi 6 février 2019

Antonia Journal 1965-1966 de Gabriella Zalapi aux éditions ZOE

Comme un soutien à l'émancipation, l'écriture du journal intime d'Antonia est une façon d'attacher son vécu alors que tout est dilué dans l'inconsistance d'un mariage raté,  d'un enfant qu'on voudrait aimer autrement, d'un avenir tracé dans l'ennui. Le journal est La chambre à soi de Virginia Wolf, le lieu où se forme le réel, où Antonia photographie son ressentiment.Le journal est une bouée dans l'océan d'une folie qui pointe. Il ne s'agit pas de détester pour détester les personnes de l'entourage, le mari ou la nurse, c'est l'enfermement qui révolte dans une vie imposée par des gens qui ont fait la leur et qui voudraient que la votre en soit la continuité. Les menus sont sophistiqués mais la digestion impossible. Antonia déblaie, vide les cartons qu'elle a en héritage de la mort de sa grand-mère, alors elle voit :
"Faut-il organiser cette mémoire ou la laisser se décomposer dans le temps?" p25
" Ces souvenirs catapultés dans mon présent me tourmentent certes, mais me donnent aussi la sensation de finalement toucher le sol, de m'ancrer dans le réel." p53
"Je dois tuer en moi la passivité, je dois tuer en moi ces réflexes de femme soumise, je dois tirer un coup de fusil sur mon immobilisme."p70
"Antonia, tu dois : émerger, apparaitre, sortir, te montrer, jaillir des tréfonds, manifester ta présence. Qu'attends-tu?" p71


La force du livre est dans l'ensemble, les phrases prises individuellement sont banales, mais les photos retrouvées, l'histoire qui se dessine, forment un poème, un tissu narratif captivant. Il existe chez Antonia une langue commune de la libération, celle qui s'agace sur les autres avant de s'orienter sur soi. Elle opère le léger changement d'angle, irréversible, qui va déséquilibrer tous les rapports. Et l'amour ressuscite le corps évidemment... Cependant fallait-il Fulvio pour échapper à tout ça?


mardi 20 février 2018

Rupture de Maryline Desbiolles editions Flammarion



"Il pleut. Il pleut très fort. La pluie ne tombe pas, elle s'abat. Toute l'eau du ciel répandue en si peu de temps. Les gouttes sont énormes, de vraies fèves d'eau, elles hachent et transpercent, avec une rage aveugle, obstinée. Et lorsqu'il pense que c'est fini, que le beau temps est revenu -- il fait brusquement si doux, on pourrait croire de nouveau à l'été, on pourrait croire au miracle de l'été, la lumière est ardente, découpant collines et montagnes à son chalumeau, plus ardente même qu'en été, plus émouvante comme elle dure moins longtemps, comme elle étreint le paysage de ce rose orangé si vibrant, comme la lumière étreint le paysage et nous serre le cœur avant de disparaitre, sans parler de la nuit brillante, étoiles exorbitées -, et lorsqu'on pense que c'est fini, que le beau temps est revenu, le déluge reprend le dessus et redouble même de violence, la tempête se fomente, aussi absurde que nos croyances, aussi incompréhensible, et tout est flanqué par terre."p 104
 D'Ugine à Fréjus, on découvre François, petit garçon dont le père a disparu pendant la guerre, un père parti, pas mort, jamais revenu. François est toujours un peu en retrait, dissous dans l'incertitude première d'un père absent. Il suit René le rouge sur le chantier du barrage de Malpasset près de Fréjus. La douceur des pêches, la rencontre avec Louise, le cinéma qui marque l'époque, la guerre d'Algérie. François c'est un homme simple, aux sentiments enfouis éberlué d'amour pourtant. Quand Louise lui échappe, la structure tient, affronte la disparition, les fissures sont invisibles. Et quand le barrage cède laissant le paysage dévasté, les corps enveloppés dans des gangues de boue, François les lavera, laissera enfin couler son immense chagrin. Ce livre, c'est l'histoire dramatique du barrage de Malpasset, l'effroyable catastrophe annoncée pourtant par des signes, que la France ambitieuse dans ses efforts de reconstruction n'a pas voulu recevoir. Voilà, le barrage rompt, c'est violent, destructeur, on croit que ça tient, on inaugure, on attend pour ouvrir les vannes et ça pète. Ca aussi c'est Maryline Desbiolles qui questionne un monde politique évoquant des figures comme Henri Martin, la guerre d'Indochine et la guerre d'Algérie, les fissures qui ébranlent la voute, noient les hommes dans la boue.
Les romans de Maryline Desbiolles s'inscrivent dans sa terre niçoise . Elle redéfinit l'espace avec ses mots faisant surgir tel un peintre la couleur, la profondeur, des ciels d'orage. C'est éblouissant de soleil, marqué par un style qui répète les mots pour mieux creuser dans nos visions intérieures les strates de ses paysages.Quand le cadre est fixé, le personnage arpente; se dévoile par ce qu'il voit. Il aime aussi les roches et la lumière, l'eau et les rencontres. Avec beaucoup de poésie, l'écriture de Maryline Desbiolles trace toujours un peu la même route et on marche, séduit par un rythme, sa vision du monde.